lundi 4 février 2008

voyage en Russie avec un transsiberien dans la tête



























C'est fin Novembre...Je reçois un drôle de mail:
On m'invite en Russie pour présenter Azur et Asmar.
La Russie...Tout d'un coup c'est un morceau de moi même qui revient me hanter.
Un fantôme de moments vêcus rèvés et oubliés qui ressort par la soupape égarée de la cocotte-minute bien hermetique de ma tête...

En ce temps-là j'étais dans mon adolescence....

J'avais à peine 16 ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance....

C'est étrange, tout revient d'un seul coup. Ce mail était piégé et il m'explose à la figure...
Je dois avoir une drôle de tête...une tête de ch'sais pas quoi, une tête de circonstance, une tête d'exhumation d'adolescence...c'est comment qu'ça fait?...oh ça doit pas être beau...peut être le genre de gros bouton affreux du genre qui gache la journée...
Comme d'hab, je m'inquiète...C'est drôle, enfin bizarre...en plein tournant de vie de tomber nez à nez avec soi même...

Soi-même: Bonjour! Ça fait longtemps que j'te r'garde depuis mon virage de sinapse.. et tu m'fais trop rire...Si on m'avais dit que j'deviendrais ça....

Moi: bof. C'est facile de deglinguer les pauvres paumés sans défenses, je te connais; tu faisais moins ta fière quand t'étais aux commandes...

Soi-même: Sûr, mais tu ne débrouille vraiment pas mieux que moi à 16 ans! Quand je t'entend c'est si drôle! On dirait mes états d'âme...hi hi!

Moi: he ben, c'est pas très sympa de dire ça. C'est même particulièrement vexant...16 ans c'est une époque affreuse de moi-même. Un chantier...un champs de décombres...un... un charnier...

Car mon adolescence était alors si ardente et si folle que mon coeur, tour à tour, brûlait comme le temple d'Ephèse ou comme la place rouge de Moscou quand le soleil se couche.

Et mes yeux éclairaient des voies anciennes.

Et j'étais déjà si mauvais poète que je ne savais pas aller jusqu'au bout.

La prose du transsiberien et de la petite Jehanne de France revient tourner dans ma tête. Elle m'accompagnera tout au long des jours, jusqu'à mon retour.
C'est étonnant de se reveiller comme ça un jour, avec une tête de 16 ans...Une étrange métamorphose, un écoeurement, un malaise kafkaïen...


Cafard...


Je vais aller en Russie!!!Quelle joie!

A 16 ans j'en connaissais la carte par coeur, et je m'inventais chaque jour un nouveau voyage dans lequels je la traversais jusqu'à la Chine.
J'ai rêvé de ce pays comme on rêve d'un corps. Charnellement.Et maintenant je vais coller ma peau de femme contre ces paysages...et envahir tous mes sens de tout le sensible...


Un jour de mes 16 ans, j'ai lu d'un trait la prose du Transsiberien, par Blaise Cendrars. Sonnée KO je l'ai relu.
Et ce poème était un choc permanent. Une pulsation, un rythme qu'épousait enfin mon coeur aux explosions indomptables...


Oh inespérés ressorts de l'existence! Je vais aller en Russie! Moi qui ne tire aucune joie de rien, je me remplis tout d'un coup jusqu'à ras bords de bonheur à cette idée...


Aeroport

Vachte, il est tôt: 5h30. Je frissonne. Il fait froid, un froid climatisé de hall, un climat de départ.
J'ai une liste des noms de mes compagnons de voyage.
mes bagages sont soigneusement préparés.
Je regarde le temps passer autour de moi. Le hall de Roissy dabord vide, s'emplit au rythme des secondes. Décor de carton. Ce lieu semble irréel et l'existence me semble futile.
Construction étrange pour étrangers. La bile noire et la solitude m'envahissent.

Je voudrais reconnaitre les visages des noms de ma liste. Mais il n'y a pas d'être içi, juste des passagers, des passants.

Je me dissous alors. J'accompage le mouvement général. Je vais et reviens. Je n'aime pas l'immobilité dans les gares ou les aéroports. Je ne veux pas mourir içi, dans cette chrysalide dévitalisée.

Je suis un animal encore un peu vivant. J'ai un peu mal aux pieds, un peu froid. Je sens, déplaisant, au creux de ma main le raclement du plastique de la poignée de ma valise un peu trop pleine.
J'ai bourrée ma valise de questions. Comme d'habitude, ça déborde...

Je pars à la rencontre d'une foule d' amis imaginaires de mon enfance. Oh oui je suis contente, mais un peu inquiète. je crains qu'ils n'aient changé après tant d'années. Et s'ils allaient ne plus m'aimer?


Soi-même: Allons, t'es bête...Les gens ne changent pas. Parfois ils semblent plus raisonnable, mais la raison vaut peu.
Le coeur lui, inconstant dans la forml ne mue pas. Il est intact ou meure. Ton ami imaginaire est le même...Et toi aussi dailleurs...


moi-même: Mais que t'es pénible, Tu vas me gâcher le voyage avec ces conneries. Le temps est linéaire et je suis mortelle. Toute chose içi naît, grandit, évolue, se corrompt et s'effondre.


Je suis dans le train du progrès. Je t'ai laissée loin derrière...


Adieu.


tu es un débris de ma vie. Je ne veux plus te voir...Une vieille idée inhibante. Je refuse de me retourner.


Je ne veux pas mourir avec toi.


Dans une heure, je quitterai la terre ma planète et de là-haut, je toiserai ce monde ancien.

Mon sac est plein à éclater de chiffons comme autant de questions...Froissées empilées incrustées les unes dans les autres...Mes vêtements, mon necessaire de toilette. J'ai aussi une boite grande comme un cadeau de Noël, pour transporter mon maquillage, et d'opulentes grappes de colliers.
D'exuberantes reserves de perles, que j'aime regarder, soupeser, associer, avec un plaisir de petit enfant. Du verre, bois d'olivier, de coco, graines du monde entier, cristal, corail, quartz, jaspe, turquoise, malachite...


Je suis contente d'être vivante, mais c'est fatigant tout de même...
J'aimerais que mon coeur soit de pierre...
Je pourrais enfin me poser quelque part et construire quelque chose de solide.


Pourtant, j'étais fort mauvais poète.

Je ne savais pas aller jusqu'au bout

Mon sac est chargé de camelote fantaisie. Ma pensée ondule en vaguelettes au rythme du poème de Cendrars...

Or, un vendredi matin, ce fut enfin mon tour

On était en décembre

Et je partis moi aussi pour accompagner le voyageur en bijouterie qui se rendait à Kharbine

Nous avions deux coupés dans l'express et 34 coffres de joailleries de Pforzheim

De la camelote allemande "Made in Germany"

Il m'avait habillé de neuf et en montant dans le train j'avais perdu un bouton

- Je m'en souviens, je m'en souviens, j'y ai souvent pensé depuis -

Je couchais sur les coffres et j'étais tout heureux de pouvoir jouer avec le browning nickelé qu'il m'avait aussi donné

Roissy, 7h15. Je suis assise dans l'avion. Il fait encore nuit dehors. Une petite pluie froide.

Je n'ai pas de voisin. Ouf!...

Je ne sais pas pour vous, mais les voyages en avion, comme l'alcool et la grande fatigue ont le don de me rendre tendre...
J'ai dans mon sac les deux scénarios auxquels je travaille: Snobinet, et puis: le violon de Nahima.Ces deux titres sont provisoires.J'aimerais être un peu serieuse, et y travailler; mais la fatigue du petit matin, le dérangement du voyage...

Soi-même: Pfff, il n'en faut pas beaucoup pour te déconcentrer....


J'ai sur moi mon dictionnaire du monde Juif. Je vais y travailler un peu. J'ai besoin de documentation.

Le violon de Nahima raconte l'histoire d'une violoniste juive polonaise, qui émigre à Paris au début du siècle. Je ne connais pas grand chose à l'histoire des communautés juives d'Europe de l'Est au début du 20ème siècle. L'écriture de ce projet va prendre du temps. C'est aussi une histoire de fantômes.

Les fantômes ça va a peu près...J'en ai une petite dizaine qui m'accompagnent au quotidien, comme les gros cétacés nourissent tout un écosystème qui virevolte autour d'eux.

Nahima, l'héroïne, je ne la vois pas encore bien. J'ai une perception claire de la construction générale du récit, mais elle, elle est toujours un peu floue.
Bizarre bizarre de si bien voir les fantômes et si mal l'avenir...

Je suis couché dans un plaid

Bariolé

Comme ma vie

Et ma vie ne me tient pas plus chaud que ce châle écossais

L'avion roule sur la piste. La pluie cingle le hublot.

Soi-même: La pluie sur le hublot, ça fait comme des larmes...On dirait que tu pleures toutes les larmes de ton corps.

Moi-même: C'est nul comme image...C'est bien le genre de niaiseries qu'on se raconte à 16 ans...

Soi-même: Ah madame la grande poètesse... tu vas nous trouver quelque chose de plus élevé!

Je ne trouve pas de meilleure image, ah ça fait vraiment chier...chaque fois que je regarde à travers le hublot j'ai l'impression de voir couler mes larmes sur la vitre. C'est humiliant, je me sens minable. Faut que je regarde ailleurs.

Je suis en route

J'ai toujours été en route

Le train fait un saut périlleux et retombe sur toutes ses roues

Le train retombe sur ses roues

Le train retombe toujours sur toutes ses roues


De l'autre côté du couloir central, assis à côté du hublot, il y a un homme.
Il semble assez âgé, est mince. Ses cheveux sont blancs, ses yeux noirs et perçants, ses gestes sont énergiques et élégants.

J'aime, presque à l'indescence, respirer l'aura des personnes que je croise. Je suis un vampire de parfums d'âmes...
Certaines ont un parfum dérangeant, grossier ou écoeurant. La plupart ont une odeur pâle et sans epaisseur. Mais d'autres sont suaves ennivrantes, ensorceleuses, spectrales, entêtantes...
Alors, combien j'aime détacher mon âme de mon corps et l'envoyer tournoyer, se nourrir, se griser des émanations de ce pays inconnu et troublant.
Voici un bon but de promenade pour une âme désoeuvrée.


Et pourtant, et pourtant

J'étais triste comme un enfant

Les rythmes du train

La "moelle chemin-de-fer" des psychiatres américains

Le bruit des portes des voix des essieux grinçant sur les rails congelés

Le ferlin d'or de mon avenir

Mon browning le piano et les jurons des joueurs de cartes dans le compartiment d'à côté

L'épatante présence de Jeanne

L'homme aux lunettes bleues qui se promenait nerveusement dans le couloir et me regardait en passant

Froissis de femmes

Et le sifflement de la vapeur

Et le bruit éternel des roues en folie dans les ornières du ciel

Les vitres sont givrées

Pas de nature!

Un transsiberien gronde dans ma tête. Je subis chaque chaos, lamentable au franchissement de chaque nouvelle émotion. Mon corps, train de chair et de pensée amortit mal les mouvements du terrain.

L'avion descend vers L'aéroport de Kaliningrad. Du hublot je regarde la côte sablonneuse et boisée des rives de la Baltique. C'est si beau!!! Une grande peinture abstraite et complexe qui nuance toutes les délicatesses du vert au brun-gris, avec l'or aux reflets argentés des étendues de sable...

6 commentaires:

ZEBE a dit…

dommage que personne ne laaisse de message....c'est quand même magnifiquement écrit.

Jean Millou a dit…

Comment ça, "personne ne laisse de message"? COURAGE, ENTHOUSIASME, PROFIT ET ENCORE UN PEU DE VODKA, MADAME ANNE-LISE!!!!! Ce voyage s'annonce sur des chapeaux de roue!!

Patrick a dit…

C'est tres bien ecris et bravo pour cette invitation j'ai hate de savoir comment ton sejour en russie c'est deroule.J'espere Anne-Lise que tes reves de 16 ans coincideront avec ton voyage.

Anne-Lise Koehler a dit…

courage enthousiasme, profit et vodka...
ça c'est un programme qui me va!

Bisou le Milou!

Anne-Lise Koehler a dit…

Merci Patrick

C'est bizarre ce voyage, plus j'écris et plus j'ai l'impreqssion de ne rien avoir encore raconté. C'est un peu comme dans les forêts enchantées ou la clairière s'éloigne à mesure qu'on essaie de l'atteindre.
Bises

Anonyme a dit…

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